“Réel” : l’album du collectif assumé
Vainqueur du prix revendiqué “album de l’année” aux Victoires du Rap français (la catégorie n’existait pas encore, mais l’écho dans la presse spécialisée et généraliste fut unanime – source : Le Monde, Libération, Les Inrocks), “Réel” impressionne par sa cohérence et la force de ses collaborations. Elles sont pensées, jamais gadgets.
La réussite de “Réel” – disque d’or en six semaines, plus de 100 000 exemplaires vendus en 2009 (SNEP) – doit beaucoup à l’alchimie de ces featurings. L’album n’est pas seulement un autoportrait : c’est la preuve que le rap construit, et se construit, dans le collectif – que le dispositif du featuring, loin d’être artifice, devient ici acte de foi dans la puissance de la rencontre.
“Réel” continue d’influencer la nouvelle génération de rappeurs, qui cite régulièrement le morceau “Banlieusards” ou la collaboration avec Lino comme modèles de collaboration aboutie (voir interviews de Nekfeu, Médine ou Disiz la Peste, 2017-2022). Si la parole de Kery James reste unique, c’est aussi parce qu’elle sait s’entourer, se frotter, et parfois s’effacer devant “l’autre”.
Derrière chaque grand album de rap, il y a souvent des featurings choisis, des dialogues ouverts, et des mains tendues. Chez Kery James, ce sont autant de preuves que la force d’un projet, c’est souvent la force de ceux qu’on convie à le bâtir avec soi.