Dépouiller le rap : le pari risqué et nécessaire de l’acoustique
Quand il monte sur scène, dépourvu de tout artifice, sans les beats saturés et les basses qui raisonnent dans les stades, Kery James se livre autrement. Ce n’est plus seulement un MC, mais un conteur. L’acoustique, pour beaucoup, pourrait paraître une concession, un exercice de style pour rapper en « mode salon ». Mais pour Kery James, il s’agit d’une prise de risque artistique, réfléchie et profonde, amorcée notamment avec la tournée "À Huis Clos". Ce format acoustique, il l’embrasse pleinement à partir de 2012, premier virage affiché, notamment à travers ses collaborations avec le pianiste Nicolas Seguy.
Le parti pris est fort : réduire la distance, rapprocher la parole. Là où le rap se déploie d’ordinaire dans l’énergie brute, l’acoustique ramène l’écoute à l’essentiel, met l’accent sur la voix, la diction, l’émotion. Les arrangements épurés reconfigurent le rapport à l'auditoire. C’est un dialogue, presque une confession. Kery James n'est pas le premier à tenter ce passage — on pense à Akhenaton ou Oxmo Puccino — mais, chez lui, la mue prend une dimension singulière. Car le fond – l’écriture, la revendication, l’autobiographie – s’y offre dans sa pudeur nue.