Regards croisés : presse généraliste et presse spécialisée à l’unisson ?
La presse généraliste : de la moralisation à l’analyse sociale
La sortie de l’album fut scrutée par des médias généralistes rarement enclins à s’attarder sur les questions internes à l’industrie. Libération titre en avril 2008 : « Kery James, l’étendard lucide d’un rap qui s’interroge ». Le journal salue la force de la dénonciation mais pointe le risque d’un discours trop moralisateur, voire contre-productif auprès d’un public jeune déjà désabusé.
Le Monde (16/04/2008) y voit davantage : un essai de clarification, une tentative de percer l’opacité des rapports économiques et médiatiques dans la chanson française. L’article analyse la charge de Kery James contre la « starification stérile » et l’illusion de l’ascension sociale via l’industrie musicale, tout en saluant la maturité d’un propos rarement aussi finement articulé dans le rap français de l’époque.
Presse rap : une dénonciation jugée légitime et nécessaire
Du côté de la presse spécialisée, la tonalité diffère. Sur Rap Mag puis dans Abcdr du Son, les analyses s’attachent à l’historicité de la critique : Kery James hérite des luttes menées par IAM (« Demain c’est loin »), Assassin (« L’État assassine ») et La Rumeur, mais il propose ici une introspection inédite : comment rester intègre lorsque tout concourt à la compromission ?
Dans le podcast de l’Abcdr du Son (17/04/2018), en revisitant l’album dix ans plus tard, le journaliste Mehdi Maïzi insiste : « Kery n’est pas dans le procès d’intention. Il déconstruit le fonctionnement de l’industrie, il montre qu’on n’est pas dupe : le système ne change pas, c’est l’artiste qui doit se transformer pour survivre. »