La négritude : socle d’une résistance poétique et politique
Dans les interviews comme dans ses textes, Kery James a maintes fois revendiqué son attachement à la négritude, non comme une posture passéiste, mais comme contre-discours mobilisateur face aux héritages coloniaux de la France. Rappelons que la négritude, concept formalisé dans les années 1930, visait à affirmer la dignité culturelle, politique, humaine des Noirs à travers le monde, en réaction à une modernité occidentale dévorante et aliénante (voir “Discours sur le colonialisme”, 1950, Aimé Césaire).
- Le terme “négritude” apparaît officiellement pour la première fois en 1935 dans la revue L’Étudiant noir.
- Une conception profondément universaliste : il s'agit d'une réponse non seulement à l’oppression coloniale, mais également au racisme systémique décelé dans toutes les sociétés occidentales (Césaire, Fanon).
Kery James cite, paraphrase, parfois adapte à son époque les textes d’Aimé Césaire ou de Frantz Fanon, pour en rappeler la vigueur et l’actualité : dans “20 ans” (album Mouhammad Alix, 2016), il évoque la difficulté à vivre, au XXIè siècle, la promesse d’égalité inscrite sur les frontons de la République, comme un écho à la désillusion qui traverse les œuvres de la négritude. Les mots de Césaire — “Nègre je suis, nègre je resterai” — résonnent en filigrane dans ses couplets, tressant passé et présent dans le même poème.